Le fait de raconter le passé peut-il avoir une portée artistique ou sociologique ? Une réponse à cette question peut se trouver dans l’œuvre d’Annie Ernaux. Notamment lauréate des prix Renaudot et Marguerite Yourcenar, cette auteure contemporaine française est particulièrement inspirée par sa mémoire. Ses écrits relatent en effet des évènements de sa propre vie, de sa jeunesse dans un milieu ouvrier normand dans Les Armoires Vides à son avortement dans L’Événement en passant par la maladie d’Alzheimer de sa mère dans “Je ne suis pas sortie de ma nuit”. Que disent donc les livres d’Annie Ernaux sur la question du souvenir et de la mémoire ?

Une œuvre essentiellement autobiographie

Dire que la mémoire occupe une place centrale dans l’œuvre d’Annie Ernaux relève presque de l’euphémisme. Tous ses livres traitent en effet abondamment de la question par leur caractère autobiographique ou semi-autobiographique. Elle s’intéresse non seulement à son propre passé, mais aussi au passé de ses proches, celui de sa mère dans Une femme, et celui de son père dans La Place. Dans sa fresque Les Années, elle écrit ainsi :

« Sauver

Le petit bal de Bazoches-sur-Hoëne avec les autos tamponneuses

La chambre d’hôtel rue Beauvoisinne, à Rouen, non loin de la librairie Lepouzé où Cayatte avait tourné une scène de Mourir d’aimer

La tireuse de vin au Carrefour de la rue du Parmelan à Annecy »

La liste se poursuit et s’achève par une phrase qui révèle le but de son œuvre est de « Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais.  »

Une approche unique du thème de la mémoire

Annie Ernaux cherche, dans son écriture, à retracer les faits de la manière la plus neutre possible. Elle met de la distance entre ce qu’elle est dans le présent et ce qu’elle était dans le passé. Dans « Vers un Je transpersonnel », elle précise en effet que « Le « Je » [qu’elle] utilise [lui] semble une forme impersonnelle, à peine sexuée, quelquefois même plus une parole de « l’autre » qu’une parole de « moi » ». 

Ce caractère impersonnel brouille la frontière entre mémoire individuelle et mémoire collective. Il donne aux faits un côté plus objectif et général. Pour renforcer cela, Annie Ernaux utilise régulièrement les pronoms « on » et « nous » au lieu du « je », ce qui éloigne encore l’individu qu’elle est du texte et la fait se fondre dans l’environnement qu’elle décrit. Sous sa plume, l’autobiographie prend ainsi une dimension sociologique. Elle étudie une époque et un milieu social à travers ses souvenirs personnels.


0 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *